Chez Yamaha, la série L représente le cœur de gamme des folk tout massif. On en entend parler depuis des années, souvent à travers la version Deluxe ou la TransAcoustic, qui attirent les projecteurs. La Yamaha LL16 standard, elle, reste plus discrète. C’est pourtant celle qui incarne le mieux le pari de cette série : du bois massif, un grand format généreux et un capteur passif qui ne dénature pas le son. On a voulu voir ce qu’elle propose vraiment, à qui elle s’adresse, et ce qui la sépare des autres déclinaisons de la marque. Parce que sur cette référence, les confusions entre versions sont fréquentes, et ça mérite qu’on y mette de l’ordre.
Yamaha LL16 : L’histoire
Yamaha est loin d’être un débutant, car il construit des guitares acoustiques depuis plus de cinquante ans et la série L occupe une place bien à part dans le catalogue. C’est la gamme qui porte la tradition folk de la marque, avec une construction tout massif dès le premier échelon. La LL16 A.R.E. s’inscrit au-dessus de la LL6 ARE, l’entrée de gamme et partage sa génération avec la LL16D ARE aux finitions luxueuses, ainsi qu’avec une version en acajou. Yamaha propose aussi, dans cette même famille des électro-acoustiques, les LLX et LJX pour ceux qui veulent monter encore d’un cran.
La lettre « LL » désigne le grand format Original Jumbo, un gabarit que l’on associe naturellement aux accords et au flatpicking grâce à sa projection. C’est la grande caisse de Yamaha, pensée pour remplir une pièce sans amplification. La « LS », sa petite sœur en format Concert, vise plutôt le fingerpicking et la prise de son de proximité. Ce sont des orientations de conception, pas des interdictions : rien n’empêche de jouer aux doigts sur une LL bien au contraire ! Pour nous, c’est d’ailleurs l’un des points forts de ce format : on peut tout y jouer.
La standard palissandre que nous présentons ici est la version six cordes, distincte de la douze cordes et de la TransAcoustic LL-TA, qui embarque des effets intégrés et fonctionne sur batterie. C’est un point à clarifier, parce qu’on tombe facilement sur la mauvaise fiche chez certains revendeurs. La LL16 standard n’a ni effets, ni pile, ni bouton : c’est une guitare acoustique avec la possibilité de se brancher, pas une guitare connectée.
Yamaha LL16 : Le corps
Construction et lutherie
La table d’harmonie est en épicéa Engelmann massif, traitée par le procédé A.R.E. Le dos et les éclisses sont en palissandre massif, et ça, c’est un vrai argument à ce niveau de gamme ! L’Engelmann se distingue de l’épicéa de Sitka, plus courant, par une réponse légèrement plus douce et une meilleure sensibilité aux nuances du jeu. Le palissandre y ajoute de la richesse harmonique et de la profondeur dans les registres graves et médiums. Quand on joue cette guitare, on sent que Yamaha a cherché l’équilibre entre chaleur et définition, et ce choix sur le papier nous semble vraiment cohérent dans la réalité.

Le barrage de cette génération de la série L a été repensé par Yamaha pour un meilleur soutien dans le grave et un équilibre plus homogène entre les fréquences. C’est une promesse du fabricant et les retours convergent vers un son effectivement plus rond que les anciennes générations, sans basculer dans l’excès de basses. Le binding en érable et noir ceinture la caisse, la rosace porte un filet d’abalone discret, et le pickguard adopte un motif écaille classique. Comparée à la LL16D et ses ornements beaucoup plus marqués, la standard fait un choix de sobriété assumée. On apprécie, vraiment !

L’A.R.E. (Acoustic Resonance Enhancement) est un traitement de la table d’harmonie par température et humidité contrôlées, sans produits chimiques. L’objectif : rapprocher les caractéristiques acoustiques du bois neuf de celles d’un bois vieilli naturellement. C’est un procédé de lutherie, pas une fonction électronique. Il agit sur la fibre de l’épicéa pour améliorer sa résonance, sans garantir qu’une guitare neuve sonnera comme un instrument de trente ans.
Un grand format pensé pour la projection
Yamaha appelle ce gabarit « Original Jumbo », d’autres le perçoivent comme une dreadnought à épaules arrondies. Peu importe l’étiquette : le gabarit affiche 513 mm de longueur de caisse pour 415 mm de largeur, avec une profondeur de 100 à 120 mm. C’est un volume conséquent qui a l’avantage de projetter naturellement. Si vous jouez sur un format Concert comme la LS16, vous sentirez la différence dès la première prise en main : l’encombrement augmente, la projection aussi. On ne va pas se mentir, c’est une guitare qui impose.
En comparaison, la LS16 partage les mêmes bois et la même construction générale, mais son gabarit compact favorise l’intimité et le confort assis, là où la LL16 cherche l’ampleur et la présence acoustique. Les deux guitares ne visent pas les mêmes configurations de jeu. Si vous jouez principalement seul dans une petite pièce, le format Concert sera sans doute plus adapté. Pour remplir un salon, jouer en groupe non amplifié ou profiter de la résonance d’une grande caisse, la LL16 est totalement dans son élément. De notre côté on adore ce format, mais c’est vraiment une question de contexte, pas de qualité sonore.
Yamaha LL16 : Le manche
Conception et confort
Comme sur la plupart des guitares acoustiques de chez Yamaha, la prise en main est très agréable. Le manche cinq plis acajou et palissandre combine deux essences pour renforcer la stabilité dans le temps. La finition mate évite cette sensation collante qu’on aime moins sur certains vernis brillants qui freinent le déplacement le long du manche, et qui altèrent le confort de jeu. Pour la touche et le chevalet, c’est l’ébène qui a été selectionné, un bois dense et rapide qui apporte sustain et précision au toucher.

Quelques repères pour comparer à votre guitare actuelle :
- Diapason : 650 mm, standard folk, légèrement plus long que certaines Concert
- Largeur au sillet : 44 mm, un millimètre de plus que beaucoup de folk, appréciable en fingerpicking
- Radius de touche : 400 mm, très plat, confortable pour les barrés et le travail en position
Le diapason de 650 mm et les 44 mm de largeur au sillet donnent un espace confortable entre les cordes. Cela parait peu, mais si vous jouez actuellement sur une guitare à 43 mm, ce millimètre supplémentaire se sent quand on enchaîne les picking ou qu’on travaille des arpèges. Le radius de 400 mm, assez plat, facilite les barrés et le jeu en position haute. On retrouve ici une géométrie pensée pour la polyvalence, avec un manche facile à prendre en main dès les premières minutes. Avant l’achat, nous vous conseillons de comparer ces cotes avec votre guitare actuelle, ça vous donnera tout de suite une idée de ce qui va changer.
Accastillage et réglages
Lors de ce test, les mécaniques moulées dorées TM29G ont fait le job sans se faire remarquer. Comme sur maintenant la plupart des guitares Folk, la Yamaha LL16 est équipée d’un trussrod double action permettant d’ajuster le relief du manche dans les deux sens. Cela peut sembler être un détail, pourtant en cas de défaut, ça offre une marge de réglage appréciable pour affiner l’action (si vous ne maitrisez pas ce réglage, laissez-le à un luthier). De notre côté, l’action était correcte, mais chaque guitariste étant différent, le double action est aussi là pour ça.
Comme souvent chez Yamaha, les sillets de tête et de chevalet sont en urée. Notre préférence irait plutôt vers l’os ou le TUSQ, c’est un choix personnel, pas une modification obligatoire. À ce niveau de gamme, la priorité de Yamaha va clairement aux bois massifs, on ne peut pas malheureusement tout avoir et on trouve que ça se défend.
Yamaha LL16 : Le son
Le son acoustique
Est-ce que cette LL16 sonne comme une Martin ? Franchement, non, et ce n’est pas ce qu’elle cherche. Ce qu’elle propose, c’est sa propre signature, et elle a de quoi convaincre ! On a beaucoup aimé ce format de caisse Original Jumbo qui projette un son ample, avec une séparation claire entre les notes qui ressort sur les accords ouverts et les arpèges. Les médiums sont présents et bien définis, les aigus ont un éclat lumineux sans agressivité, et le grave reste articulé sans envahir le spectre tonal. C’est propre et ça sonne, on est sur un terrain où chaque note garde sa place, et nous, c’est ce qu’on recherche sur ce type de guitare.
Soyons honnêtes : si vous cherchez des basses profondes qui roulent, la LL16 n’est pas la dreadnought qu’il vous faut. Son caractère penche vers la brillance et l’articulation. C’est ce qui la rend intéressante pour les accords enrichis et le picking, où chaque note doit se distinguer de ses voisines. On se dit que c’est sans doute aussi le barrage repensé qui apporte un grave mieux soutenu que les versions précédentes, sans transformer la guitare en bombe de basses fréquentes. On est sur un équilibre lumineux, avec du caractère. Pour un jeu en rhytmique ou en arpèges, on distingue chaque intention, chaque note, et c’est un vrai plus !
Présentation vidéo de la Yamaha LL16 par WM SOUND Guitars
Face aux concurrentes directes
Face à des concurrentes comme la Martin SC-10E ou la Gibson G-00, qui embarquent de l’électronique active et des réglages intégrés, la LL16 fait un choix radicalement différent. La Yamaha FSX5, dans la propre gamme du fabricant, propose du tout massif elle aussi, mais dans un format compact. Ce qui distingue la LL16 à nos yeux, c’est le parti pris de l’acoustique d’abord : un grand format, des bois massifs, et un branchement possible sans qu’il prenne jamais le dessus. Pour le guitariste qui hésite entre ces références, la question à se poser est : voulez-vous des fonctions embarquées parfois pénibles à ajuster, ou la simplicité d’une guitare qui sonne sans artifice ? Généralement, cette réponse oriente le choix de la guitare qu’il vous faut.
Le son amplifié
Voilà le point dont vous devez tenir compte : le capteur SRT piézo passif transmet le signal vers la sortie sans traitement embarqué. Le résultat amplifié dépend entièrement de ce que vous branchez en sortie : un ampli acoustique, une DI de qualité ou un bon préampli feront toute la différence. Pour ceux qui veulent creuser le sujet de l’enregistrement de leur guitare acoustique, le signal propre du SRT constitue une base saine à exploiter.
Vous ne le savez peut-être pas, mais le passif a un avantage que beaucoup de guitaristes sous-estiment : aucune coloration électronique ne vient s’interposer entre le bois et vos oreilles. Ce que la guitare donne en acoustique, c’est ce que le capteur transmet dans les limites de tout piézo. Sur une chaîne bien calibrée, le résultat reste fidèle au son naturel. De notre côté, on trouve que c’est un parti pris assumé, pas un défaut.
Comparaison sonore des Yamaha LL16 et Martin D-28 par WM SOUND Guitars
Yamaha LL16 : Le SRT Zero Impact
Le système SRT Zero Impact porte bien son nom : il ne change rien à la guitare acoustique. Pas de pile, pas de bouton, pas de panneau de contrôle sur l’éclisse. Juste une sortie jack discrète et un capteur piézo intégré sous le sillet de chevalet. Yamaha France le résume simplement : « pas de pile ni de bouton ». On comprend l’idée, et on la salue.
L’absence de contrôles embarqués signifie que vous ne pouvez pas régler le volume ni la tonalité depuis la guitare. Pour jouer sur scène ou en enregistrement, vérifiez que votre équipement possède :
- une entrée adaptée au signal piézo
- un réglage de volume et de tonalité côté ampli ou table
- un préampli ou une DI si votre chaîne n’en dispose pas
Ce n’est pas une régression dans la fabrication : c’est un compromis assumé pour que la guitare reste une acoustique avant tout.
Pour faire simple : la sortie LINE OUT envoie un signal brut, sans modélisation ni traitement. Un préampli externe ou une DI avec un bon gain feront le reste. Pour ceux qui possèdent déjà un ampli acoustique ou une interface d’enregistrement, ça se branche directement, sans intermédiaire inutile. En contrepartie, rien à recharger, rien qui tombe en panne ! Pour le guitariste qui joue principalement en acoustique et branche de temps en temps, c’est exactement le bon compromis. On en est convaincus.
Yamaha LL16 : Utilisation au quotidien
Bon, comme on vous l’a présenté, la lutherie et le son sont convaincants, reste à voir comment cette LL16 se comporte au quotidien. Déjà cette Yamaha LL16 est livrée avec des cordes Elixir NANOWEB 80/20 Bronze Light, un choix cohérent avec le caractère brillant de la guitare. Selon l’offre que vous trouverez, la housse souple est fournie : nous vous conseillons de vérifier la fiche du marchand avant de commander, car on a remarqué ce n’est pas garanti sur toutes les offres. L’étui rigide reste un achat séparé, et pour ce grand format, pensez à vérifier la compatibilité avec votre housse actuelle.
La disponibilité varie selon les marchands, et les versions ne sont pas interchangeables. Sur la fiche marchand, la standard naturelle porte la référence YMH-GLL16ARE : ça évite de commander une Deluxe ou une version acajou par erreur. Une garantie constructeur accompagne l’instrument, dont la durée est à vérifier directement auprès de votre revendeur. On insiste sur ce point, parce que c’est le genre de détail qu’on oublie et qu’on regrette ensuite.
Le profil idéal ? Un guitariste qui privilégie la pratique acoustique au quotidien, avec un branchement ponctuel sur un équipement qu’il connaît. Si vous voulez tout piloter depuis la guitare, la LL16 n’est pas faite pour vous. C’est notre conviction, et ça vaut le coup de le savoir avant de commander.
Yamaha LL16 : Le bilan
Yamaha LL16 : Les caractéristiques
- Système : SRT Zero Impact Pickup
- Capteur : SRT piézo passif
- Contrôles embarqués : aucun
- Pile : aucune
- Sortie : LINE OUT
Pour une autre forme de caisse dans la même famille, découvrez notre test de la Yamaha LS16 ARE. Pour une Yamaha d’une gamme plus accessible, consultez notre test de la Yamaha FG800.

Yamaha LL16 : Notre avis
Côté amplification, le système SRT passif est à la fois son atout et son point faible, suivant comment on voit les choses. Pour nous c’est souvent un plus, on branche et ça sort, sans pile ni menu à parcourir. Pour le guitariste qui joue principalement en acoustique et s’amplifie de temps en temps, ce compromis est parfait. Pour celui qui veut monter sur scène avec un réglage de volume accessible, il faudra prévoir un préampli ou une DI externe, et c’est un point à anticiper.
Face à une Martin SC-10E ou une Gibson G-00 qui proposent de l’électronique active, la LL16 fait un choix différent : pas mieux, pas moins bien, c’est juste une autre philosophie. La caisse Original Jumbo est un vrai atout de projection, cependant, elle impose un encombrement que tous les guitaristes n’aimeront peut-être pas au quotidien. Si vous jouez surtout assis, en fingerpicking, la LS16 en format Concert sera probablement plus pertinente. Cette Yamaha LL16 s’adresse au guitariste qui veut du volume naturel, une lutherie sérieuse, et qui accepte de gérer le branchement avec du matériel externe. Pour nous, c’est une guitare plus qu’honnête pour le tarif, construite avec des matériaux qui tiennent la route, sans chercher à en faire trop.





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